
Amenhotep IV (Aménophis IV en grec ancien, Akhénaton ou, plus rarement, Khounaton) est le neuvième pharaon de la XVIII dynastie (période du Nouvel Empire). Manéthon l’appelle Aménophis.
On situe son règne de -1355 / -1353 à -1338 / -1337 (Malek, von Beckerath, Grimal, Krauss, Murnane). La date de son avènement ne fait cependant pas l'unanimité : y a-t-il ou n’y a-t-il pas eu de corégence avec son père ?
Il est le fils de la reine Tiyi et du roi Aménophis III. Considéré parfois comme l’un des plus grands mystiques de l’histoire, il bouleverse l’histoire de l’Égypte en voulant imposer à ses sujets le culte exclusif de Rê-Horakhty « qui est dans Aton » dont il est à le fois le prophète et l’incarnation. Son règne voit aussi l'émergence d'une nouvelle esthétique, à la fois baroque et naturaliste, l’art amarnien.
Révolution religieuse
Il va imposer la première religion monothéiste connue de l'histoire, le culte du disque solaire Aton.
C'est vers -1355 / -1353 qu'Amenhotep IV, couronné sous le nom de Néferkhéperouré, « Les manifestations de Rê sont parfaites », Ouâenrê, « L'Unique de Rê », alors âgé de seize ans, monte sur le trône d' Egypte. Pour des raisons encore mal connues, mais vraisemblalement en butte au conservatisme et à l'hostilité du clergé thébain, il décide en l'an III/IV de son règne d'abandonner le culte du dieu dynastique Amon, le « dieu caché ». Il change de titulature, prend le nom d'Akhénaton, « Celui qui est bénéfique (ou utile) à Aton », et quitte la ville d’Amon, Thèbes, pour fonder une cité vierge de la présence du dieu thébain. Il choisit comme emplacement un lieu désertique en Moyenne-Egypte, sur la rive orientale du Nil, où, en l'an IV/V de son règne, il fait construire la cité d'Akhetaton (« L'horizon d'Aton »), l'actuelle Tell el-Amarna, à quelque 300 km au nord de Thèbes. Toute la cour et l'administration royales déménagent pour la nouvelle résidence encore inachevée, dont les temples, dédiés au dieu unique Aton, sont construits à ciel ouvert pour permettre à ses rayons bienfaisants d'y pénétrer.
On attribue souvent cette révolution culturelle et religieuse au seul Akhénaton, mais il semble qu'il n'ait fait qu'imposer une tendance née durant le règne de son père, Aménophis III. Nicolas Grimal parle d'une « solarisation » des principaux dieux sous ce roi et le culte exclusif du Disque solaire en serait l'aboutissement logique.
Avant Akhénaton, Aton était un dieu mineur dont l'existence est attestée dès le Moyen Empire. Au Nouvel Empire, Thoutmôsis III s'était placé sous sa protection et Amenhotep III, dont l'une des épithètes était « Rayonnement d'Aton », avait encouragé le culte du dieu.
Akhénaton ira plus loin : il ordonne de détruire les images de culte des anciennes divinités et fait du Disque solaire le dieu universel, l'Unique « qui n'a pas son pareil », le démiurge qui répète son acte créateur à chaque lever du soleil. Pour souligner la royauté céleste d'Aton, le nom du dieu est inscrit dans des cartouches : il est « Rê-Horakhty qui se réjouit dans l'horizon », « Le Souverain (heka) des deux horizons ».
Le roi est l'image terrestre d'Aton, son « enfant parfait » ; avec la Grande épouse royale, Néfertiti, il est le seul intermédiaire entre la divinité et les humains. À l'instar de la triade Amon – Mout – Khonsou, le couple royal forme avec Aton une triade divine adorée dans les demeures des hauts dignitaires.
L’an XII semble être l’apogée du règne. Une fête grandiose est célébrée dans la cité où les envoyés des roitelets palestiniens et de Nubie, le pays de Koush, apportent leurs présents au roi et à la reine.
L'art amarnien se caractérise par un style naturaliste où abondent les plantes, les fleurs et les oiseaux, mais aussi, dans les cas les plus extrêmes, par un « académisme de cauchemar » (J. Leclant) poussant jusqu'à la caricature apparente. Ainsi, les statues colossales découvertes dans le temple d’Aton à Karnak sont à l’opposé de l’art classique idéalisant : elles montrent le roi avec un corps d’androgyne aux hanches exagérément larges, le ventre proéminent, la tête allongée et les lèvres charnues. D’autres statues le montrent apparemment nu mais asexué. Sur un bas-relief, aujourd’hui conservé au Ägyptisches Museum de Berlin, Néfertiti et les petites princesses sont représentées avec le même visage étiré en longueur, en tout point identique à celui d’Akhénaton qui leur fait face.
Certains archéologues estiment par conséquent que l’iconographie d'Amarna ne faisait que suivre une exigence de pharaon qui voulait que fût mis en évidence le lien exclusif qui unissait la famille royale au Dieu unique créateur de toute vie. En effet, il ne faut pas oublier que l'art amarnien fut un art de cour qui, tout comme l'art traditionnel et ses conventions figuratives, devait respecter les normes qu’imposait une perspective hiérarchique.
Il se peut toutefois qu’Akhénaton ait eu un physique très ingrat, voire un handicap. On a ainsi avancé l'hypothèse selon laquelle le roi aurait été atteint d'une maladie génétique rare et transmissible à sa descendance : le syndrome de Marfan, à moins que ce ne soit le syndrome de Froehlich. Ou encore, le roi aurait été atteint d'épilepsie, provoquant chez lui de longues crises hallucinatoires et douloureuses.
On prête aussi à ce mystique des talents de poète, s'il est vrai qu'il a lui-même composé le Grand Hymne à Aton gravé dans la tombe d'Aÿ.
Loin de l'image idyllique d'un pharaon poète et rêveur mystique, image peut-être exagérée par l'imaginaire collectif, le règne d'Akhénaton est aussi considéré par les égyptologues comme une période sombre dans l'histoire de l'Égypte antique. La révolution religieuse d'Akhénaton entraîna la persécution des dieux du panthéon traditionnel : suppression de leur culte, fermeture de temples, confiscation des biens du clergé, dégradation des effigies divines, ce qui vaudra au roi d'être surnommé le pharaon hérétique.
Il est certain aussi que, dû à une centralisation excessive, mais apparemment inefficace, et à la confiscation des domaines des temples, l'Égypte connut une grave crise économique. En effet, en l'absence de tout numéraire, le système économique et social était basé sur le troc et sur la distribution des ressources stockées dans les greniers de l'État et des temples, de sorte que la confiscation des « domaines divins » par la couronne ruinait « tout un système de production et de redistribution qu'aucune structure nouvelle ne vient remplacer».
En Syrie et en Palestine, les Hittites et les Amorrites grignotent petit à petit les conquêtes de Thoutmôsis III. Ainsi, le roi de Quadesh, entré dans l’alliance hittite, conquiert la Syrie du Nord, tandis que Souppilouliouma (-1382 / -1342) et Assour-ouballit Ier s’attaquent au Mitanni, allié de l’Égypte. De son côté, le roi d’Amourrou se rend maître de plusieurs places fortes de la côte phénicienne. Akhénaton omet de venir en aide à ses vassaux, malgré leurs appels pressants, de sorte que son inertie cause la perte de Sidon, de Tyr et de Byblos. Pendant ce temps, des bandes de nomades pillards, les Hapirou, s’emparent de Megiddo et de Jérusalem. À la fin du règne, il ne subsiste presque rien de l’empire asiatique des premiers Thoutmosides.
La mort d'Akhénaton est entourée de mystère. On ne sait ni quand ni comment il décède, ses successeurs ayant tout fait pour effacer les traces du roi hérétique. Tout au plus peut-on dater de l’an XVII / XVIII la dernière inscription qui le mentionne.
Smenkhkarê, gendre et successeur d’Akhénaton après une probable corégence, meurt après un règne éphémère. Le pouvoir revient alors à un enfant de neuf ans, Toutânkhaton, qui avait épousé la seconde fille d’Akhétaton. Nous ne savons rien de précis sur l’ascendance du jeune souverain. Il existe cependant une hypothèse qui affirme que Kiya, la « Grande Épouse, aimée du Roi », serait sa mère, après la disgrâce ou la mort de Néfertiti, étant donné qu'une autre femme que Néfertiti est représentée sur une peinture murale dans un palais d'Akhetaton, dans la chambre de pharaon plus précisément. Ce qui est sûr en revanche, c'est que le culte d'Aton s'éteint pratiquement avec la mort du roi hérétique. Au bout de trois ans, Toutânkhaton quitte Tell el-Amarna ; il adopte le nom de Toutânkhamon, restaure le culte des dieux traditionnels et rétablit le clergé dans les biens dont l’avait dépouillé le « misérable d'Akhetaton ».
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