Autres

Elle comprenait, au Nord, la Basse Nubie (le Ouaouat), comprise entre la première et la deuxième cataracte du Nil. Cette région sera essentiellement égyptienne. La partie Sud, comprise entre la deuxième et la sixième cataracte, constitue la Haute Nubie, appelée Koush dans l'Antiquité.

Le Néolithique

Le Soudan central entre dans l'âge néolithique au milieu du Vème millénaire. Les archéologues distinguent le "Néolithique de Khartoum", comprenant les sites de Kadero et d'Es-Shaheinab, et le "Néolithique d'El-Kadada", qui porte le nom d'une localité située à 180 kilomètres en aval de Khartoum.

Le site de Kadruka, situé entre la première et la quatrième cataracte, révèle l'existence d'une population vivant essentiellement de la chasse et de la pêche. Cette dernière, pratiquant également l'élevage, est sans doute à l'origine des prémices de l'agriculture. Elle maîtrisait, plusieurs siècles avant la préhistoire égyptienne, les techniques de la céramique, comme en témoignent les vestiges découverts dans les différents sites.

Ces objets proviennent essentiellement des tombes circulaires ou ovales. Les défunts, enterrés en position foetale, portaient des bracelets et des colliers et étaient entourés d'un mobilier funéraire composé de vases en terre cuite, d'armes, d'ustensiles en pierre, en os ou en coquille, ainsi que de figurines féminines en argile ou en grès.

Les cultures du Groupe A

L'égyptologue américain George Reisner est à l'origine, au début du siècle, de la classification des cultures nubiennes au moyen de lettres de l'alphabet. Le Groupe B, phase terminale de la civilisation du Groupe A, a été supprimé.

La culture du Groupe A s'organise en chefferies, cours du IVème millénaire. Elle inaugure l'âge du cuivre, en Basse Nubie, et adopte un habitat constitué de huttes rondes. Les morts étaient enterrés dans des tombes circulaires surmontées d'un tumulus de terre. Situés sur la route qui conduit vers l'Afrique centrale et la Mer Rouge, les habitants entretiendront des relations commerciales avec l'Egypte prédynastique. Le commerce portera sur l'échange de vases et d'armes contre des produits exotiques, essentiellement des pierres semi-précieuses, de l'ivoire, de l'ébène, de l'encens et sans doute de l'or. La représentation fréquente de bovins et ovins sur la céramique atteste de l'importance de l'élevage nubien qui entrait également dans la composition des échanges commerciaux. Cette civilisation disparaîtra vers 2800 avant Jésus-Christ, pour des raisons encore inconnues à ce jour.

Les troupes égyptiennes interviennent pour la première fois dans la région sous le commandement du roi Aha, de la première dynastie. Elles atteignent la Deuxième Cataracte sous Djer. Les convoitises égyptiennes portent sur la présence de mines d'or (le nom même de la Nubie provient de l'égyptien noub, qui signifie or) et sont également motivées par des préoccupations stratégiques.

Les cultures du Groupe C

Les premières colonies égyptiennes s'implantent en Nubie, à proximité des centres miniers ou des voies commerciales, au terme des grandes expéditions militaires entreprises sous l'Ancien Empire. Ils s'installent notamment près de Bouhen, au Nord de la Deuxième Cataracte, qui servira de base à des expéditions commerciales et des voyages d'exploration.

La Basse Nubie reprend un nouveau souffle durant le période de la Vème dynastie. Elle donne naissance à une culture, baptisée Groupe C, qui reprend progressivement possession de la zone géographique occupée par l'ancien Groupe A, entre la Première et la Deuxième Cataracte. Cette civilisation profitera de l'affaiblissement de l'Egypte de la fin de l'Ancien Empire pour chasser ses voisins du Nord de la région de Bouhen.

L'Egypte va tenter d'imposer son autorité par la diplomatie et la force. Herkhouf, gouverneur égyptien d'Eléphantine, relatera ses trois expéditions commerciales en Basse Nubie. Les troubles de la Première Période Intermédiaire détournent les Egyptiens de la Nubie. De nombreux Nubiens s'enrôleront comme mercenaires au service des forces qui se disputaient le pouvoir. La Nubie restera indépendante jusqu'au début du Moyen Empire, avant de repasser sous le contrôle de l'administration égyptienne.

La culture du Groupe C laissera derrière elle une céramique de très haute qualité, ornée de motifs géométriques (zigzags, losanges), de motifs de vannerie tressée ou de quelques représentations figurées. Les maisons, bâties suivant un plan arrondi, comportaient des fondations de dalles et côtoyaient des tentes ou des huttes à pilier central. Certains villages, comme celui situé sur le site de Ouadi es-Seboua, deviendront prospères. Les tombes à tumulus, d'abord rondes puis rectangulaires, seront complétées par des chapelles funéraires, sans doute sous l'influence égyptienne. Des bijoux, armes et figurines de terre cuite à représentation humaine ou animale accompagneront le défunt dans sa dernière demeure.

Le Royaume de Kerma

Les pharaons de la XIIème dynastie vont progressivement coloniser la Nubie. Le Ouaouat sera contrôlé par les Egyptiens après la campagne militaire conduite par Sésostris Ier. Les colons construisent des forteresses afin de protéger les pistes des carrières et des mines d'or, principalement celle du Wadi Allaki, ainsi que les mouvements des caravanes et des nomades. Les troupes de Sésostris III pénètrent à trois reprises en territoire koushite. La frontière, reportée au Sud de la Troisième Cataracte, est renforcée par les forteresses de Semnah et de Qouma.

Le premier véritable royaume nubien, celui de la culture de Kerma appelé Iam en ancien Egyptien, prospérera au-delà de cette limite pendant plus d'un millénaire. Située dans la riche plaine du Dongola, la ville de Kerma donnera son nom à un royaume qui connaîtra quatre phases de développement.

· la phase du pré-Kerma durant le Néolithique, de 2800 à 2400 environ avant Jésus-Christ
· le Kerma Ancien : de 2400 à 2050 environ avant Jésus-Christ
· le Kerma Moyen : de 2050 à 1750 environ avant Jésus-Christ
· le Kerma Classique : de 1750 à 1500 environ avant Jésus-Christ


Le Kerma Ancien : de 2400 à 2050 environ avant Jésus-Christ

Le Kerma Ancien couvre la période de l'Ancien Empire et de la première Période Intermédiaire égyptiens. Ce royaume devait initialement comprendre des chefferies de culture identique, en grande partie nomades, installées le long de la vallée entre la Deuxième et la Quatrième Cataracte. La ville de Kerma, placée sous l'autorité d'un prince, étend progressivement son influence sur la région. Elle entreprendra les premiers échanges commerciaux avec les voisins du Groupe C ainsi qu'avec les Egyptiens. Les principaux indices de cette civilisation proviennent des nécropoles constituées de petites fosses surmontées d'un tumulus, de dalles de pierres noires et de galets blancs ou d'une stèle. Le défunt, recouvert d'une peau de bovidé, est enseveli avec son mobilier personnel, ses armes, ses parures et bijoux. Les sacrifices d'animaux sont fréquents. Les chèvres et moutons sont parfois déposés auprès du défunt et des bucranes en bordure de la fosse.

Le Kerma Moyen : de 2050 à 1750 environ avant Jésus-Christ

Les diverses chefferies locales commencent à se fédérer sous l'autorité du prince de Kerma. La capitale se développe et contrôle les routes commerciales en direction de l'Afrique orientale et centrale. Certaines tombes, qui s'agrandissent et reçoivent un matériel funéraire plus important, témoignent sans doute de la création d'une aristocratie locale. Des chapelles sont construites à proximité des sépultures des personnages les plus importants de la communauté.

Le Kerma Classique : de 1750 à 1500 environ avant Jésus-Christ

La culture de Kerma atteint son apogée au moment où l'Egypte, divisée, est envahie par une population étrangère et doit quitter la Nubie. Les princes de Kerma gouvernent alors un territoire d'environ 1000 kilomètres, entre la Première et la Quatrième Cataracte. Ils prennent possession les anciennes forteresses égyptiennes et font alliance avec les Hyksôs du Delta du Nil contre les dynastes thébains.

La ville de Kerma, entourée de fortifications, est constituée d'ateliers, de fermes, de constructions rectangulaires en briques et de palais durant sa période classique. Le vaste quartier religieux est dominé par une hutte de grande taille, probablement une salle d'audience royale, et la "deffufa", expression nubienne désignant un ouvrage fortifié en briques crues.

La très vaste nécropole comprend notamment les tombes princières recouvertes de tumuli pouvant atteindre une centaine de mètres de diamètre. La place du défunt dans la société est liée à l'importance du mobilier funéraire composé notamment de vaisselle précieuse et de bijoux en or. Le corps est déposé sur un lit funéraire, l'angareb. Les sacrifices d'animaux se raréfient et sont parfois remplacés par des sacrifices humains dont le nombre est un indicateur de la position sociale du mort. Les sépultures des personnes de rang inférieur sont situées à la périphérie des tombes royales.

L'archéologue George Reisner, qui entreprendra une campagne de fouilles entre 1913 et 1916 sur le site de Kerma, mettra à jour un nombre important d'objets égyptiens. Cette découverte témoigne de l'importance des échanges de la cité située au carrefour de l'Afrique profonde, de la Mer Rouge et de l'Egypte. La civilisation de Haute Nubie influencera l'organisation politique et religieuse adoptées par les princes très amateurs de produits égyptiens. La céramique locale, comprenant notamment des vases aux parois très fines recouverts de décors en relief, témoignent cependant du niveau de perfection atteint par les artisans de Kerma durant cette période.

La prospérité de Kerma durera jusqu'à la réunification de l'Egypte par Khamose. Les premiers souverains de la XVIIIème repartent en guerre contre la Nubie et refoulent les habitants de la région plus au Sud. Il faudra attendre l'apparition, plusieurs siècles plus tard, du nouveau royaume de Napata pour renouer les fils de la civilisation nubienne.

La domination égyptienne

Les pharaons du Nouvel Empire égyptien vont progressivement imposer leur emprise sur le Ouaouat et le Koush. Le souvenir de l'alliance koushite avec les Hyksôs renforcent leur souci de domination contre les ennemis potentiels du Sud. Les campagnes d'Amosis, qui transforme Saï en ville importante, et d'Amenhotep Ier repoussent la frontière jusqu'à la Troisième Cataracte. Les pharaons établissent une forteresse à Tombos, située à moins de trente kilomètres de Kerma. La frontière est marquée par une stèle. Asphyxiée, le royaume de Kerma périclite progressivement. Thoutmôsis II écrase la rébellion d'un chef de la région Nord de Koush. Les derniers soubresauts koushites sont définitivement écrasés sous la corégence d'Hatshepsout et de Thoutmôsis III. Ce dernier entreprend une expédition, en l'an 47 de son règne, et fait élever une stèle de granit dans le Djebel Barkal près de la Quatrième Cataracte. Amenhotep II fonde non loin une ville, à Napata. Ce lieu représentera très certainement la limite la plus méridionale du contrôle égyptien sur la vallée du Nil.

Les constructions pharaoniques

Amenhotep III entreprendra un important programme de construction en Nubie. Le temple de Soleb, situé en aval de la Troisième Cataracte, est érigé à l'occasion de la célébration de la première fête-sed en l'an 30. Les sculptures monumentales de béliers et de la divinité serpent de Napata, transportées ultérieurement par un roi koushite, proviennent de ce sanctuaire. Un temple à chapiteaux hathoriques, en l'honneur de la Grande Epouse Royale Tiyi, sera construit à une quinzaine de kilomètres au Nord. La disposition de ces deux sanctuaires préfigure l'ensemble grandiose creusé par Ramsès II plus de cent ans plus tard.

Les pharaons de la XVIIIème dynastie vont déployer une intense activité de bâtisseurs. Ils restaurent les anciennes forteresses et entreprennent la construction de comptoirs commerciaux et des cités-sanctuaires. La présence égyptienne en Nubie est marquée, sous la XIXème dynastie, par la construction des temples rupestres de Ramsès II, dont les plus célèbres sont les deux spéos d'Abou Simbel. Tous ces temples obéissent aux règles traditionnelles de l'architecture égyptienne. L'influence nubienne transparaîtra dans les statues colossales de Ramsès II des temples de Gerf Hussein ou en façade d'Abou Simbel. Les proportions sont plus compactes que celles des temples égyptiens.

L'administration du pays

La Nubie est définitivement annexée à l'Egypte au cours du Nouvel Empire. Elle est placée sous le contrôle du "Fils royal (ou vice-roi) de Koush", haut fonctionnaire issu de l'entourage immédiat du pharaon ayant des responsabilités identiques à celles du vizir en Egypte. Les chefs indigènes de Ouaouat et, progressivement, ceux de Koush, bénéficieront progressivement d'un statut similaire à celui des hauts fonctionnaires égyptiens. Les jeunes princes nubiens sont envoyés à la résidence du pharaon afin de recevoir une éducation égyptienne. L'Egypte, qui doit faire face à des troubles intérieurs, abandonne progressivement la Nubie sous la XXème dynastie. La Nubie retrouve son indépendance au cours de la Troisième Période Intermédiaire.

L'Empire de Napata

Une dynastie indigène se développe à partir de 800 environ avant Jésus-Christ, à Napata. Cette ville située au pied du Djebel Barkal est un avant-poste militaire édifié par Thoutmôsis III sous la XVIIIème dynastie. Le roi Piankhy entreprend successivement la conquête de la Nubie, puis de l'Egypte. Il crée la XXVème dynastie dite "koushite" ou "éthiopienne". Les rois koushites, expulsés par les assauts de l'Empire assyrien, vont dominer l'Egypte durant environ un siècle. Ils relanceront les constructions dans presque tous les grands centres religieux. Leur influence marquera l'art égyptien. Napata deviendra une capitale au même titre que Thèbes ou de Memphis. Elle sera un centre religieux majeur de l'Empire méroïtique. La croyance voulait que le Djebel Barkal, "la montagne sacrée", abrite symboliquement le dieu Amon de Napata. Les Koushites adoptent les rituels funéraires égyptiens et la forme de la pyramide pour leurs tombeaux, comme en témoignent le cimetière d'el-Kurru et celui de Nuri. Ces pyramides s'apparentent davantage à celles des tombes privées de Thèbes qu'aux pyramides de la nécropole memphite. Saccagée par les armées romaines puis restaurée, Napata est aujourd'aujourd'hui recouverte en grande partie par la ville moderne de Karima.

L'Empire de Méroë

Les habitants de Méroé, ville située un peu en aval de la Sixième Cataracte, créent une civilisation originale à partir de 270 avant Jésus-Christ. La civilisation méroïtique est très largement soumise aux influences égyptiennes, grecque, romaine et africaine. Certains historiens avancent l'hypothèse que le sac de Napata par le pharaon Psammétique II poussera les Koushites à déplacer leur capitale à Méroé. Sa nécropole accueillera les dépouilles des souverains éthiopiens tandis que Napata reste le principal centre religieux de l'Empire.

Essentiellement agricole, la population perpétue les traditions commerciales de leurs ancêtres. Les ressources minières ainsi que le commerce avec la Vallée du Nil, la Mer Rouge et l'Afrique Centrale, contribuent à la richesse du royaume. Les hiéroglyphes égyptiens, jusqu'à utilisés sur les monuments nubiens, laissent la place à une écriture empruntée aux hiéroglyphiques et au démotique qui constitue une transcription de la langue locale non décryptée à ce jour, à partir du IIème siècle avant Jésus-Christ.

Le site de Méroé, très étendu, livrera de nombreux sanctuaires et trois nécropoles situées à l'extérieur de la ville, composées d'environ deux cents pyramides. Systématiquement pillées, elles ont été restaurées par l'organisation des Antiquités du Soudan.

Le temple d'Amon, construit selon le plan traditionnel, comprend le pylône, la cour, la salle de la barque sacrée et le Saint des saints. Lles temples dédiés aux divinités indigènes sont composés d'une ou deux chambres, avec ou sans pylône. Le dieu guerrier à tête de lion Apédémak est le plus vénéré du panthéon méroïtique. Il côtoie Sébiouméker, le "seigneur de Musawwarat", considéré comme un dieu créateur.

Le royaume de Koush entretiendra peu de relations avec l'Egypte perse. Les relations reprendront avec la dynastie ptolémaïque attirée par le fer, le bétail et les produits d'Afrique noire. La reine koushite (la "candace") Amanis Shaktete s'emparera des points stratégiques de Basse Nubie et dévastera Philae, Syène et Eléphantine au cours de la domination romaine. Elle sera poursuivie jusqu'à la Quatrième Cataracte par le préfet Pétronius envoyé par Rome. Ce dernier dévastera Napata et le temple d'Amon au Djebel Barkal. Méroé échappera au désastre et restera une cité florissante. Le royaume de Koush connaîtra alors une lente décadence.

Les Empires Chrétiens et l'Islam

L'édit de Théodose le Grand proclame le Christianisme religion officielle de l'Egypte en 379 de notre ère. L'évangélisation rapide de la région s'accompagne de la création d'Etats chrétiens le long du Nil. La Nobadie, s'étend de la Première à la Seconde Cataracte. Elle dépasse cette limite pour toucher à la Makuria, elle-même étendue jusqu'au Sud de l'ancienne Méroé. Le royaume d'Alodia, plus au Sud, atteint les régions où se joignent Nil Blanc et Nil Bleu. Certains de ces Etats chrétiens se sont maintenus jusqu'au début du XIVème siècle. Les Arabes, qui occupent l'Egypte en 640, tenteront vainement de conquérir la Nubie. La région sera un rempart au développement de l'Islam vers l'Afrique Noire durant sept siècles. Le cheikh Chams ed Daulah, père du sultan Saladin, s'empare de la cité d'Ibrim, en 1173. Il détruit la ville et transforme l'église en mosquée. L'islamisation progressive du pays repoussera les communautés chrétiennes en Haute Nubie.

Le sauvetage des temples nubiens

Les Anglais construiront un premier barrage à Assouan en 1902. L'ouvrage donnera naissance à un lac long de 225 kilomètres, qui noyait la Nubie près de huit mois par an. Les villages seront reconstruits en hauteur. L'accroissement de la population nécessitera la création d'un réservoir plus important destiné à la production électrique et l'irrigation de nouvelles terres. Le président Nasser entreprendra la construction du Sadd el-Ali (le Grand Barrage), d'une hauteur de 40 mètres reposant sur une base de 980 mètres d'épaisseur. Les trésors de Nubie, vingt-quatre temples et chapelles pharaoniques et gréco-romains allaient être définitivement engloutis.

A l'initiative de Christiane Desroches-Noblecourt et d'André Malraux, le directeur général de l'U.N.E.S.C.O., René Maheu, lancera, le 8 mars 1960, un appel international invitant les Etats membres à s'associer au plus grand sauvetage archéologique de l'Histoire. Une vingtaine de monuments sera démontée et réédifiée à l'abri des eaux. Les vestiges seront transportés sur de nouveaux sites, au niveau du lac Nasser. Le kiosque de Kertassi, le temple de Kalabsha et celui de Beit el-Ouali seront rassemblés sur le site de la Nouvelle Kalabsha. Les temples de Ouadi es-Seboua, de Dakka et de Maharraqa rejoindront un nouveau site, en plein désert, à 140 kilomètres du Haut Barrage. Un troisième site, à 40 kilomètres au Sud plus au Sud, accueillera les temples d'Amada et de Derr ainsi que la tombe de Pennout, située à l'origine à Aniba.

Les temples soudanais de Bouhen, de Semna, construits sous Hatshepsout et Thoutmôsis III, et de Qouman seront remontés dans le parc archéologique de Khartoum, autour du musée national inauguré en 1972.

Quatre temples ont été offerts à différents pays donateurs. Le Musée égyptien de Turin héritera du spéos d'El-Lassya, un parc de Madrid du temple de Debod, à la ville de Leyde du temple de Tafa et le Metropolitan Museum de New York du temple de Dendoûr. Le petit temple d'Horus à el-Seboua, un des deux temples de Tafa, Gerf Hussein, le fort de Kouban (XIIème dynastie), le fort du Moyen Empire et le temple de la XVIIIème dynastie d'Aniba, ainsi qu'une partie de Kasr Ibrim seront engloutis par les flots du Nil. Les 100.000 habitants des villages nubiens situés le long des rives du Nil, entre la première et la deuxième cataracte, seront relogés pour moitié en Egypte, près de Kom Ombo à 14 kilomètres au Nord d'Assouan, et pour moitié dans le Nord-Est du Soudan, à Kachem el-Gouba.

Les temples d'Abou Simbel

Taillé dans la roche sur la rive occidentale du Nil, entre 1290 et 1244 avant Jésus-Christ, les deux temples d'Abou Simbel honoraient les divinités Râ-Horakhty, Amon Ptah et Ramsès déifié en personne. Tombés dans l'oubli à la suite du déplacement progressif du lit du Nil, les temples seront recouverts par le désert au fil des siècles. L'explorateur suisse Lewis Burkhardt découvrira par hasard une tête surgissant des sables, sa voisine étant brisée et les deux autres, encore intactes, à peine recouvertes. Davis Robert, qui se rendra sur le site un quart de siècle plus tard, réalisera une gravure, souvent reproduite, qui décrit cette découverte. Les Britanniques entreprendront les travaux de déblaiements et de fouilles au début du XXème siècle.

La construction du barrage d‘Assouan devait engloutir sous 65 mètres d'eau et de manière définitive cet important vestige de l'époque de Ramsès II. Les Soviétiques, qui ont très largement contribué au financement de l'ouvrage d'art, ont laissé le soin de la sauvegarde des temples à l'Unesco qui a envisagé différentes solutions parmi lesquelles la mise sous cloche de l'ensemble ! A l'issue de nombreuses études, il a été finalement décidé de découpé ces monuments en 1036 blocs, dont certains pesaient 30 tonnes, et de les rebâtir à l'identique au-dessus du niveau des eaux. Les blocs de grès les plus fragiles ont été renforcés par les injections de résine pour éviter qu'ils ne se brisent.

Le site actuel reproduit fidèlement l'implantation et l'orientation de l'édifice. L'emplacement actuel repose sur une colline artificielle consolidée à l'aide de fondations en béton armé afin de pouvoir supporter les 11.500 tonnes du grand temple et les 3.500 tonnes du petit.

Les collines alentours ont été nivelées avant le démontage, ce qui a représenté une masse de 330.000 tonnes de roches extraites sans explosif pour éviter tout dommage. Le découpage des temples pouvait alors commencer. Ce travail de titan sera réalisé entre 1963 et 1968. Un batardeau de 360 mètres de long sera construit autour du chantier car les eaux du lac Nasser commençaient à monter.

Le temple de Ramsès II

Façade

Le grand temple, également appelé spéos, occupe la partie méridionale du site. Il mesure 33 mètres de hauteur sur 38 mètres de largeur. Il est flanqué de quatre statues colossales de Ramsès II, tournées vers le levant, hautes de 20 mètres. Le roi est représenté assis, les mains posées sur les cuisses et souriant. Il porte la double couronne de la Haute et de la Basse-Egypte. Des statues grandeur nature, donc beaucoup plus petites, de membres de sa famille (des princes et princesses, sa mère Tuya et sa femme la reine Néfertari) sont à ses pieds, debout.

Les ennemis de l'Egypte apparaissent sur les flancs des trônes sur lesquels Ramsès II est assis. Les pays vaincus du Nord et du Sud, tournés vers l'astre solaire qu'ils adorent, sont représentés selon leur position géographique. Vingt-deux cynocéphales se dressent au-dessus de la corniche et surplombent le dieu du soleil Rê-Horakhty qui domine la porte d'accès de la grande salle hypostyle, le pronaos. La divinité, à qui il manque une partie d'une jambe et un pied, est représentée avec une tête d'épervier. Elle reçoit l'hommage de Ramsès II.

Le pronaos ou grande salle hypostyle

Le plafond de la salle, magnifiquement conservé, est orné de vautours représentant Osiris. Il est soutenu par huit colosses osiriaques d'une dizaine de mètres représentant Ramsès II. Le roi porte, dans la moitié Sud du pronaos, la couronne blanche de la Haute-Egypte et dans la partie Nord la couronne rouge de la Basse-Egypte. Les parois des murs sont recouvertes de reliefs représentant les grandes victoires de Ramsès II, notamment l'incontournable victoire de Qadesh (sur la rive de l'Oronte) contre les Hittites selon la version officielle de l'époque rapportée par les Egyptiens.

Les scènes de la partie inférieure constituent le prélude à la bataille. Elles représentent le roi tenant un conseil de guerre, entouré de ses généraux, les espions ennemis soumis à la torture, le campement de l'avant-garde entouré d'une palissade, l'armée en route vers Qadesh. La partie supérieure, qui exalte le courage et la puissance du roi, raconte la bataille et les conditions de la victoire. Elle comprend plusieurs centaines de personnages, livrés au corps à corps, sur des chars ou agonisant. On remarque aisément le roi sur son char, menant l'assaut victorieux, et les prisonniers amputés de leurs mains et de leur sexe afin de permettre le décompte.

La grande salle hypostyle donne accès à six salles de stockage sur les cotés et se poursuit avec une seconde salle hypostyle de taille plus modeste également appelée le vestibule.

Le vestibule ou seconde salle hypostyle

Le plafond de la seconde salle hypostyle est soutenu par quatre piliers, de section carrée, recouverts de peintures représentant le pharaon en compagnie de divinités. Les représentations apparaissant sur les parois des murs concernent également le roi, accompagné de son épouse Néfertari, faisant face aux dieux et aux barques solaires qui transportent le défunt dans l'Autre Monde. Il aperçoit aussi des scènes d'offrandes. Ce vestibule conduit, au centre, au sanctuaire ou Saint des Saints, et sur les cotés à deux chapelles inaccessibles au public.

Le sanctuaire ou Saint des Saints

De taille modeste, situé au centre et au fond de l'édifice, le sanctuaire abrite quatre statues taillées dans le roc. Elles représentent Rê-Horakhty (rouge), Amon-Rê (bleu) et Ptah (blanc) qui sont les dieux patrons des trois grandes cités de l'Egypte ancienne (Héliopolis, Thèbes et Memphis). Elles entourent le roi Ramsès II divinisé (rouge). A deux reprises dans l'année, le 20 octobre et le 20 février, les rayons du soleil parviennent jusqu'aux statues du sanctuaire, situées à une soixante de mètres de la porte d'accès, afin de les réanimer les unes après les autres. Le roi se rechargeait ainsi en énergie divine tandis que Ptah, dieu de la mort et source de vie chtonienne, restait dans la pénombre.

Les magasins

Au nombre de cinq, deux d'un coté et trois de l'autre, ils sont accessibles à partir de la grande salle hypostyle. Parfois dotés de banquettes de pierre, ces magasins parfois inachevés servaient de lieu de stockage, notamment pour les objets de culte.

Le temple d'Hathor

Situé à une cinquantaine de mètres du temple de Ramsès II, l'édifice est construit selon les principes architecturaux du grand temple en adoptant des dimensions plus réduites. La façade est composée de six statues colossales sculptées à même la falaise. Deux d'entre elles représentent la femme de Ramsès II, Néfertari, divinisée, encadrées par quatre statues du roi.

La porte d'accès ouvre sur un pronaos orné de six piliers hathoriques de 3 mètres de hauteur. Les parois sont recouvertes de représentations liturgiques. Le roi massacre les peuples ennemis de l'Egypte sous les yeux de son épouse tandis que cette dernière fait des offrandes aux déesses Mout et Hathor.

Le vestibule situé dans le prolongement de la salle hypostyle donne accès au sanctuaire qui renferme la statue de la déesse Hathor représentée sous la forme habituelle de la vache. Elle protège une statuette du pharaon sous son poitrail.
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Dernière mise à jour de cette page le 10/10/2006

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